Cocos (keelink)
septembre 2023
en route vers Cocos (Keeling)
Nous arrivons à Cocos (Keeling) après 5 jours de traversée. Nous allons ainsi traverser l’Océan Indien en trois étapes de :
- – 1 000 NM (Lombok-Cocos),
- 2 000 NM (Cocos-Rodrigues) et
- 1500NM (Maurice-Richards Bay) – sans compter des petites étapes comme Rodrigues-Réunion ou Réunion-Maurice. C’est tout à fait comparable à la traversée du Pacifique, qui se fait généralement fait en 1 grosse étape de 3 000 NM (Galapagos et Marquise), et 3 plus petites : Panama-Galapagos 900 NM , Maupiti-Fiji ou Tonga (1 500 NM) et Fiji-Nouvelle-Zélande (1 000NM), plus d
La grosse différence c’est que sur un tour du monde trois ans, le Pacifique s’explore sur près d’une année, avec beaucoup de cabotage et d’escales possibles, alors que dans l’Indien, rares sont les bateaux à y passer plus de 5-6 mois et à explorer plus que les étapes classiques que sont l’Indonésie, Cocos (Keeling), Maurice et la Réunion.
C’est dommage car les Chagos, les Seychelles, Madagascar et les côtes africaines du canal du Mozambique méritent certainement un détour d’une année complète!

Il nous faudra pour cela refaire un troisième tour du monde. Nous allons en effet rentrer pour les années lycée d’Arthur et Anna, qui aiment la vie de bateau, mais aspirent à retrouver l’école, des copains au quotidien, une vie sociale régulière, ce qui est tout à fait essentiel à leur âge, respectivement 12 et 15 ans l’an prochain.
Sur l’Océan Indien, nous retrouvons les fous à bec bleu et leurs juvéniles, livrée noir et bec clair, qui se teinte progressivement de bleu.
Je soigne les bons petits plats à bord, avec une cuisine « du placard » que j’espère créative. Par cette formule, je veux parler d’une cuisine savoureuse, mais faite avec peu d’éléments frais : car si en début de traversée la laitue est de sortie, par la suite, les légumes frais se font de plus en plus rares : il faut donc les accommoder avec parcimonie et les faire tenir le plus longtemps possible : j’ai fait mon shopping à Lombok en sachant que le prochain marché de frais se ferait … à Rodrigues, soit 3 à 4 semaines plus tard. ici en exemple, un rösti (galette de pomme de terre), et une salade “niçoise”, avec un reste de salade verte, un quart de poivron ainsi que des oeufs mollet, anchois et tapenade.
Arrivée à Cocos (Keeling)
Nous arrivons à Cocos(Keeling) sous un grand soleil, et un vent sympa ce qui augure de belles sessions de wingfoil.
Mouillage de Direction Island
Quelques bateaux sont là à notre arrivée : Impossible et Pom du Glywo, et un très joli sloop alu de JFA à la coque turquoise : Basyc, des bretons!
le spot est magnifique!! et Domi est déjà à l’eau en kitesurf, il nous fait envie… mais le temps est aux formalités, au rangement du bateau, et au repos en cette première après-midi.
Les formalités sont vite effectuées – c’est beaucoup plus simple qu’en Australie!- avec une équipe de « malais » australiens, que sont les habitants de Home Island.
Des dauphins dans la baie viennent et repartent avec le ferry, dommage, nous aurions bien aimé nager avec eux… Ils accompagnent Valentine en annexe, quelle escorte!! On ne se lasse pas de leur compagnie
L’après-midi se passe en farniente, que ça fait du bien de se reposer après une traversée! l’apéro du soir n’en est que meilleur : j’ai un gros stock d’agrumes pour les punchs du capitaine, qui tient absolument à nous éviter le scorbut!! 😉
Ballade à terre
Nous allons enfin pouvoir aller à terre marcher un peu, dans une escale où l’on peut se dérouiller les jambes! Le tour de l’île sera vite fait en deux étapes- non pas que les marches soient très longues, mais il faut savoir en garder un peu pour les autres jours!
Il ne s’agit aussi de mieux comprendre l’histoire de ce petit bout d’atoll de l’Océan indien, au large de l’Australie….
l’Atoll de Cocos est composé de trois îles principales :
- Home Island, où vivent environ 400 « malais » installés depuis deux cent ans là, venus travailler pour le propriétaire de l’île antan, la famille Clunies-Ross, qui en plus de travailler le coprah (récolte et séchage de la pulpe de coco) avait installé une activité de construction navale
- West Island, où se trouve l’aéroport, et où habitent désormais les « occidentaux », c’est à dire les australiens civils ou militaires, une centaine d’âmes tout au plus, qui vivent du tourisme
- Direction Island : pas d’habitants, cette île sert de « quarantaine » pour les yachties comme nous qui n’avons pas le droit d’aller mouiller ailleurs dans le lagon. C’est aussi l’île où était installé le télégraphe.

Nous faisons vite le tour de la partie ouest de l’île, envahie par les cocotiers- vestiges de la cocoteraie plantée par la famille Clunies-Ross, propriétaire de l’atoll pendant près d’un siècle et demi.
I’île a eu un rôle important en tant que station de télégraphe, reliant le continent australien via Cocos et Rodrigues à l’Europe, puis à Singapour et une situation d’autant plus stratégique pendant les guerres mondiales du siècle dernier .
’Cocos (Keeling) fut l’objet d’un raid pendant la première guerre mondiale : par le navire allemand le Emden, dont une équipe d’assaut parvint à détruire les installations, sans blesser un seul homme! De vrais gentlemen . Mais c’était sans compter l’ingéniosité des équipes sur places, qui avaient prévu le coup, et enterré du matériel qui permettrait de remettre en état les installations. Cela a été possible également car les deux cables sous-marins sectionné n’étaient pas les principaux mais celui de Perth, et un autre inutilisé.
De 1901 à 1960, Direction Island accueillait un presque-village avec une trentaine de britanniques, et plus tard des australiens et néo-zélandais basés une année sur place, tenus d’entretenir et de faire tourner cette station télégraphique, et tout autant de travailleurs malais, indiens, chinois, à leur service.
Cette île était également sur le chemin de navires qui depuis des siècles reliaient pour le commerce ou le plaisir l’Océan Indien à l’Asie : Port Refuge, le mouillage de direction Island était particulièrement bien nommé! Nombreux cependant furent les naufrages. Aujourd’hui, un navire remorqueur de haute mer et d’assistance veille au grain : il est là en permanence avec des équipes australiennes à bord, qui se relaient régulièrement
Nous faisons vite le tour de la partie ouest de l’île, envahie par les cocotiers- vestiges de la cocoteraie plantée par la famille Clunies-Ross.
Côté faune, peu de végétation endémique car les rats, et les chiens arrivés dans les cales des bateaux naufragés ont eu raison de nombreux oiseaux. Il y a surtout des « ghost crabs » (crabes fantômes quasi transparents) et énormément de Bernard l’Ermite, qui laissent des trace bien visibles! Mais les fous, frégates, sternes brunes, et les « zoizeaux la vierges » ou (nommées white stern ou gygis) ont disparu avec la végétation native : c’est désormais sur North Island, une ile sanctuarisée), que ces oiseaux nichent.
la particularité de Direction Island, c’est d’accueillir des voiliers de passage qui traversent l’Océan indien par le sud, de l’Indonésie ou l’Australie jusqu’en Afrique du sud. Elle offre une escale fort agréable, un petit air de paradis avec sa plage aménagées de BBQ et d’abris de soleil, que nous utilisons au quotidien pour nous rassembler entre amis, diner faire des apéros, du bricolage des jeux pour les enfants….
Atelier bricolage créatif
Ce qui occupera beaucoup Anna et Arthur pendant les 10 jours de notre séjour, c’est la confection de notre « enseigne » souvenir : chaque bateau est invité à laisser une marque de son passage, décorative si possible. Nous retrouvons même la pancarte Moby faite il y a 6 ans : à défaut d’être artistiques, elle est solide et bien amarrée! Nous nous promettons de réaliser une oeuvre un peu plus originale cette fois-ci…. La règle : de la recup’ avant tout.
Loïc a repéré cette boule de mouillage de pêche : nous allons la transformer en globe terrestre, à l’effigie de Saga et de notre tour du monde en 3 ans, avec de la peinture et un fer à souder pour du relief. les enfants s’appliquent énormément à transposer une mappemonde réaliste et juste. Chaque continent y est, et les grandes îles comme le Sri Lanka ou les îles de la Sonde en Indonésie….
les enfants de Kumbaya les aident et ils passeront de nombreux après-midi ensemble à peaufiner leur enseigne respective.
Un mouillage paradisiaque
Non y seulement ce mouillage est-il paradisiaque, mais le spot de wingfoil est probablement le plus agréable de tout notre tour du monde : une eau plutôt peu agitée, un alizé très régulier de 15 à 25 noeuds, 3 mètres d’eau turquoise sur fond de sable, que demander de plus? !
Les 4 planches sont à poste en permanence, et les ailes gonflées en début de journée, prêtes à partir, servent d’ombrage au cockpit.
Je progresse ainsi énormément dans mes jibes que je passe désormais assez facilement, d’un bord comme de l’autre, les pieds en position « regular » ou « faky. »
Les enfants s’éclatent dans le lagon, et vont accueillir en wing nos amis de Kumbaya! quelle joie de retrouver leurs copains!
Le drift "RIP"
Autre agrément de Direction island, c’est le « RIP », sorte de snorkeling en drift dans une fausse passe : requins pointe noire et pointes blanche, gros perroquets à bosse, carangues et poissons coralliens. Les coraux ne sont pas éblouissants, comparés à l’Indonésie, il est vrai extraordinaire à cet égard.
les couchers de soleil sont sublimes, nous bénéficions d’une météo parfaite : pas de pluie, du vent en journée, et du soleil!
Nyngyo, en particulier, arrive de nuit a mouillage, il a un sacré cocotier dans son étai, c’est à dire que son spi s’est enroulé autour de l’étai sans qu’il soit possible de l’affaler…. la galère, car cela fragilise le gréement en navigation. Mais les voilà sécurisés au mouillage de Direction Island, grâce à l’aide de Great Circle. Loic va les aider à essayer d’enlever ce cocotier. il y passerons plusieurs heures, le soir et le lendemain matin, sans succès.
Visite à Home Island
Le lendemain, nous profitons du ferry qui vient déposer tous les samedi des touristes de West Island, pour le prendre et aller à Direction island passer la journée .
Nous arrivons sur le port et commençons pas aller nous promener « en ville » voir les commerces et le petit musée. Il est décoré de plusieurs barques construites pas les Clunies-Ross, qui servaient à la pêche locale et au transport des travailleurs et du coprah. Mais aussi des outils, et instruments comme cette presse à monnaie, utilisée par la famille pour payer ses travailleurs malais en monnaie locale, utilisable uniquement…dans leur magasin.
Histoire de l'île
les bateaux locaux étaient fait de bois de fer local et de bois de teck, importé de Christmas Island.
le petit musée est fort instructif sur l’histoire de l’île qui a fut colonisée par deux associés, les sieurs Hare et le capitaine Clunies-Ross à partir de 1825, avec l’idée de créer une activité de réparation et de construction navale. L’île est alors déserte. Pour commencer leur affaire, c’est du coprah qu’ils récoltaient, grâce à des plantations de cocotiers de l’île du motu sud, afin d’obtenir un pécule qui servirait à l’achat de bois de teck pour la construction navale. Pour cela ils firent venir des travailleurs malais pour récolter le coprah, et des charpentiers d’Ecosse pour construire les bateaux servant à transporter le Coprah.
Des soupçons d’esclavage ont toujours pesé sur le petit royaume, l’ainé des Clunies-Ross se faisant appeler le « Tuan », soit Lord, et régnant comme un roi sur le peuple. L’île est resté propriété de la famille Clunies-Ross pendant 150 ans, d’une domination totalitaire
L’île est passée tour à tour sous la dominion des Britanniques via leurs colonies de Ceylan, de Singapour, et des « Îles du Détroit » puis enfin de l’Australie, qui racheta les îles en 1978 pour 6,25 millions de dollars. Les malais restés sur l’île de Home devinrent australiens de nationalité et continuent à perpétuer leurs traditions. Et sur l’ile de West Island, une centaine d’australiens sont fonctionnaires ou travaillent pour le tourisme : un vol relie Cocos ( Keeling) à Perth en Australie une à deux fois par semaine.
Nous passons une chouette journée sur Home Island, et nous dirigeons vers le Nord de l’île, ou se trouve le cimetière.
les enfants s’amusent en bande et nous les laissons profiter de la promenade à leur idée. Pour nous qui avons deux ados et pré-ados à bord, c’est essentiel qu’ils passent du temps entre copains. Nous privilégions dès que nous le pouvons les rencontres avec d’autres familles, comme ici avec les Kumbaya!
En chemin, des white tern, appelées à Maurice Zoiseaux la Vierge, Gygis Alba de leur nom scientifique…. Des oiseaux tellement gracieux, au vol très caractéristique. Ils nichent aussi de manière très curieuse au creux de branches d’arbres, sans nid, et en hauteur, les seuls oiseaux marins dans ce cas; Nous en avions été témoins à St-Brandon, lors de notre passage avec Moby.
la plage est juste spectaculaire pour ce qui est des couleurs, et le spot de kitesurf des locaux n’est pas loin.
je mitraille, les couleurs des photos sont irréelles
J’en profite pour visiter le cimetièrne, assez peu fourni… où cohabitent les tombes malaises musulmanes, et celles la famille Clunies-Ross, chrétiennes, faites de briques importées d’Ecosse et de pierres tombales en granite
l’érosion fait des ravages ici comme dans beaucoup d’atolls, et les sacs de sable sont la première réponse apportée par les autorités.
Nous revenons de la balade par l’arrière du village : c’est là que se trouve la décharge… qui fait un tric sélectif intéressant : est-ce pour pouvoir le cas échant trouver des pièces détachées ou faire de la recup’ ? on trouve le tas des appareils électro-ménager, celui des affaires de bureau, l’outillage de travaux, les bateaux…..
En chemin vers Oceania House, maison ancestrale des Clunies-Ross, nous digressons en nous promenant dans les ruelles, proprettes et bien tenues. Pas un chat dans les rues à cette heure-ci, mais ou sont-ils tous? à l’école sans doute pour les enfants, au travail, à la mosquée… ou dans les ateliers à l’arrière des maisons : chaque maison semble en effet disposer d’un atelier couvert à l’arrière de la maison pour entretenir bateau, les voiturettes, bricoler etc…
les enfants ont trouvé l’aire de jeu, les petits encadrent les grands, tout le monde s’amuse

Oceania House
voilà le chemin qui mène à Oceania house, devenue un petit hotel : pas de charme particulier pour ce qui concerne l’extérieur fait de pavement de brique, tôle ondulée et métal peint en blanc…
à l’intérieur par contre, c’est un style à l’ancienne tout de bois : parquet, coucous suisses, escalier en colimaçon, salon-bibliothèque à l’ancienne bien fourni, petit salon, salle à manger, et salle de ball… et à l’étage, 6 chambres, dont la suite royale que nous visitons.
la maison fut construite en 1893, une cinquantaine d’année après l’installation de la famille, qui a eu le temps de prospérer. Le bois de teck utilisés vient de Christmas island et les briques d’Ecosse. la maison accueillera le reine d’Angleterre en 1954.
Nous déjeunons d’un délicieux sandwich commandé à la supérette plus tôt le matin, et livré en voiturette sur place, car le seul restaurant de l’île est fermé.

Retour à Direction island
Retour sur Saga avec le ferry en début d’après-midi, ce même ferry qui ramène les touristes venus passer la journée à Direction island, petit bout de paradis de l’Atoll.
une année entière sans perdre un seul kilo!!
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le mouillage est vraiment sublime, particulièrement vu du ciel
le matin, parfois , l’école se fait en petit groupe, car Arthur et Louise, nos deux ainés sur Saga et Kumbaya, suivent les mêmes cours de 3ème du CNED, tandis qu’Anna et Agate suivent ceux de 5ème. Nous nous sommes mis d’accord pour parfois faire la classe en commun, notamment pour ce qui est de l’art plastique, c’est plus fun à plusieurs!
le soir, nous nous retrouvons parfois pour des BBQ ou apéro chez les bateaux les uns des autres;
l’après-midi, les enfants continuent leurs activités manuelles : atelier de crochet avec Véronique de Fou de Bassan, un art créatif que nous venons de découvrir Anna et moi et qui nous ouvre de très belles perspectives pour nous occuper en navigation : vêtements, mais surtout petits objets de déco, petits animaux (les animuguri)

Mais le sujet principal de l’atelier bricolage quotidien est de confectionner un beau panneau-souvenir des nos bateaux et les enfants travaillent en groupe, chacun contribuant au projet familial des autres : voilà la réalisation de Kumbaya, originale avec des savates usagées, et celle de Saga que nous finissons par accrocher non loin de celle de Moby.
Du wingfoil tous les jours!
Mais ce que nous retenons de cette escale hors du temps, c’est le wingfoil quotidien pour toute la famille et les bateaux-copains. Le spot est tellement fabuleux, et si photogénique que nous avons demandé à Sebastien d’Impossible et Marc de Greta Circle de nous filmer tous les 4 en famille avec leur drone. Voilà un très beau souvenir familial.
le film de Great Circle, merci à Mark pour les images et le montage!
nous aussi allons filmer Seb qui fait des débuts très encourageants et progresse super vite, bravo!!

Bravo à Pierre, de Biotrek, qui lui aussi insiste et plane!! Il en a d’autant plus de mérite, que 2 décennies nous séparent en âge, et je suis très admirative de voir cet ancien sportif de haut niveau commencer ce nouveau sport, c’est très inspirant!

Pas mal de monde à l’eau en ce samedi après-midi avec l’école de Kite de West Island, venue en force : mais il y a de la place pour tout le monde! et le reste de la semaine, le spot est à nous!!
Nous quittons Cocos (Keeling) rassasiés de wingfoil, que nous avons pu pratiquer quotidiennement sur un magnifique spot, que ça fait du bien!
Il est temps pour nous de mettre cap sur Rodrigues, une destination qui nous tient à coeur : nous connaissons bien l’île pour nous y être rendus souvent entre 2000 et 2010, quand nous habitions Maurice : le spot de kitesurf y est excellent! Nous n’y sommes jamais allés en voilier, et il nous tarde de poser l’ancre de Saga dans son lagon sud. Nous entrainons dans notre sillage toute la flotte du Glywo qui se laisse tenter par cette escale qui offre l’avantage d’être sur notre route….
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